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19 janvier 2010

Enseigner la psychologie anomalistique aux adolescents

Chris French est professeur de psychologie au Goldsmith College, Université de Londres, où il dirige l’Anomalistic Psychology Research Unit. Le texte qui suit est la traduction résumée d’une chronique qu’il a publié dans "The Guardian" en août 2009 et qui présente de façon générale l’intérêt et les enjeux de la psychologie anomalistique, en particulier pour les étudiants.

Ayant enseigné la psychologie anomalistique depuis maintenant plus de 15 ans, je peux témoigner qu’il s’agit d’un formidable moyen d’enseigner la pensée critique.
La plupart des personnes, qu’elles soient croyantes ou sceptiques, trouvent les revendications paranormales fascinantes. De tels sujets sont souvent au cœur des conversations de comptoirs ou dans les dîners, sans parler de leur place importante dans les journaux et les émissions de télévision. En partant de l’intérêt intrinsèque que les étudiants et le public ont pour de telles revendications controversées, des questions importantes peuvent être abordées concernant les recherches portant sur la réalité de ces expériences.

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Par exemple, la plupart des personnes affirment que la preuve la plus fiable entre toutes est fondée sur le vécu personnel. Même ceux qui sont sceptiques à propos des phénomènes paranormaux tombent parfois dans ce piège et proclament souvent : « Je ne croirais pas aux fantômes (ou aux soucoupes volantes, aux anges, etc.) tant que je n’en aurais pas vu de mes propres yeux. » Accepter une preuve fondée sur sa propre expérience peut être une erreur. Même une connaissance superficielle du champ de la psychologie anomalistique permet de comprendre que l’expérience personnelle est souvent un mauvais guide pour connaître la réalité. Autant la perception que la mémoire sont sujettes à des imprécisions. Ce que nous voyons et entendons, en particulier dans des conditions d’observation inadaptées, est influencé par nos croyances et nos attentes.

Par ailleurs, les hallucinations sont bien plus communes que ne le réalisent la plupart des personnes. La mémoire a également tendance à nous tromper : nos souvenirs ne sont pas seulement des versions déformées des événements dont nous avons été témoins, elles sont une construction mentale. Les données suggèrent que certains récits d’expériences apparemment paranormales pourraient être ainsi la conséquence de faux souvenirs. La psychologie anomalistique étudie les déformations engendrées par le système cognitif pouvant nous conduire à conclure que ce que nous avons vécu est paranormal alors qu’en réalité ce n’est pas le cas. Les biais cognitifs incluent non seulement ceux qui affectent la perception et la mémoire, mais aussi ceux qui ont trait au raisonnement et au jugement.

Ainsi, si l’expérience personnelle n’est pas un guide fidèle, existe-il une meilleure approche ? Les preuves qui pourraient me convaincre que de telles capacités paranormales existent seraient celles produites par des études scientifiques bien contrôlées.
Cependant, les scientifiques sont des êtres humains et ils sont donc sujet, comme n’importe qui, aux biais cognitifs que nous venons de mentionner. Les méthodes expérimentales ne sont donc pas parfaites, même s’il s’agit de la meilleure approche que nous avons. A ma connaissance, c’est la seule perspective qui permet de reconnaître de tels biais et de tenter de les contrôler.

De plus, son appui sur la reproductibilité, l’évaluation critique par les pairs qu’elle permet et son utilisation de données empiriques signifie que nous pouvons avoir un niveau de confiance plus élevé dans les théories scientifiques que dans les autres assertions sur la nature de la réalité. Nous devons par conséquent accueillir de façon favorable le nombre croissant d’universités au Royaume-Uni qui propose la psychologie anomalistique au sein de leurs programmes de licence et l’inclusion de la psychologie anomalistique en tant qu’option pour les étudiants de niveau A. Etudier cette branche de la psychologie est en effet un excellent moyen d’augmenter les aptitudes de chacun à la pensée critique

Toutefois, il subsiste des obstacles à l’acceptation de la psychologie anomalistique en tant que sous-discipline de la psychologie. L’un de ceux-ci est une forme de snobisme intellectuel. Il existe en effet encore certains universitaires qui semblent croire que tout sujet qui intéresse les tabloïds et la télévision ne peut être digne d’une analyse sérieuse par les psychologues. Mon conseil à ces personnes ? Descendez de vos tours d’ivoire ! La psychologie s’occupe des êtres humains, et une grande partie de la population croit au paranormal. Certains disent même en avoir fait l’expérience directe et nombreux sont ceux qui ont orienté leurs vies en fonction des croyances associées à ces expériences. Heureusement, cette forme de snobisme est sur le déclin.

Il existe également un second obstacle envers une acceptation plus large de la psychologie anomalistique. Une part important de la population croit au paranormal et, au-delà de cet aspect, les données suggèrent que de telles croyances peuvent apporter, dans certains cas, des bénéfices psychologiques. Un exemple évident est le fait que les personnes qui croient en une vie après la mort, en dépit du manque de preuves scientifiques convaincantes, seront moins effrayées par la mort. La connaissance de la psychologie anomalistique n’aide pas seulement les individus à interroger certaines revendications, elle amène aussi à questionner certaines croyances religieuses. L’un des messages implicites de la psychologie anomalistique est ainsi : « Interroge tout, mais utilise les outils adéquat de la pensée critique pour le faire ». Pour certaines personnes, il s’agira d’un défi qu’elles préfèreront éviter.

Pour ceux qui l’accepte, la psychologie anomalistique peut s’avérer un sujet particulièrement enrichissant. L’éventail des sujets abordés par cette discipline est très large. On y trouve l’analyse étonnante de techniques de fraude utilisées par certains pour démontrer qu’ils ont d’authentiques pouvoirs paranormaux. On y rencontre également l’examen des processus psychologiques qui mènent certaines personnes à se méprendre, de façon tout à fait sincère, concernant leurs propres capacités. Ce champ de recherche permet également d’étudier certaines des questions les plus profondes auxquelles font face les êtres humains : survit-on à la mort du corps ? Quelle est la nature de la conscience ? Quelle est le rapport entre le corps et l’esprit ? La psychologie anomalistique amène également à interroger les fondements de la science, ainsi qu’un ensemble de sujets fascinants comme les expériences d’abduction, la guérison psychique, l’hypnose, les perceptions psi ou la psychokinèse. Que demander de plus ?


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