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Sigmund Freud - La signification occulte des rêves

Que les problèmes posés par la vie onirique se succèdent à perte de vue ne surprendra que celui qui oublie précisément que tous les problèmes de la vie psychique reviennent aussi sous la forme du rêve, accrus de quelques autres qui relèvent de la nature particulière des rêves. Bien des choses que nous étudions sous le rapport du rêve - parce que c’est là qu’elles se révèlent à nous - n’ont pourtant rien - ou peu - à faire avec la spécificité psychique du rêve.

C’est ainsi que, par exemple, la symbolique n’est pas un problème du rêve mais un thème de notre pensée archaïque - de notre " langue fondamentale ", pour reprendre l’excellente formule du paranoïaque Schreber - et elle domine le mythe et le rituel religieux tout autant que le rêve ; c’est à peine s’il reste à la symbolique du rêve la caractéristique de voiler essentiellement le matériel qui a une signification sexuelle ! Le rêve d’angoisse non plus ne doit pas attendre son élucidation de la théorie des rêves, l’angoisse est bien plutôt un problème concernant les névroses, et il ne reste plus qu’à examiner comment l’angoisse peut naître dans les conditions de l’activité onirique.

Je pense qu’il n’en va pas autrement du rapport du rêve avec les prétendues réalités du monde occulte. Mais comme le rêve lui-même a toujours été quelque chose de mystérieux, on l’a étroitement associé à ces autres mystères inexpliqués. Historiquement, il pouvait certes y prétendre à juste titre car, dans les temps originels, lorsque notre mythologie se formait, les images du rêve ont pu avoir leur part dans la genèse des représentations de l’âme.

Il y aurait deux catégories de rêves qui sont à mettre au nombre des phénomènes occultes : les rêves prophétiques et les rêves télépathiques. En faveur de ces deux catégories plaide une masse incommensurable de témoignages, et contre elles l’aversion tenace, le préjugé de la science, si l’on veut.

Qu’il y ait des rêves prophétiques, en ce sens que leur contenu représente quelque mise en forme de l’avenir, cela ne fait pas l’ombre d’un doute ; il reste seulement à se demander si ces prédictions vont coïncider de manière significative avec ce qui se produira effectivement par la suite. J’avoue qu’en l’espèce mon parti pris d’objectivité m’abandonne. qu’un travail psychique quelconque autre qu’un calcul perspicace soit en mesure de prévoir dans le détail le cours des événements à venir, voilà qui, d’une part, contredit trop toutes les espérances et tous les points de vue de la science et qui, d’autre part, correspond trop fidèlement à des désirs ancestraux et bien connus de l’humanité que la critique se doit de rejeter comme autant de prétentions injustifiées.

Je veux donc dire par là que, si l’on met en regard les récits le plus souvent précaires, naïfs et peu crédibles, les illusions mnésiques toujours possibles facilitées par l’affectivité et les quelques heureux hasards qui se présentent nécessairement, on peut s’attendre à ce que le fantôme des rêves prophétiques s’anéantisse. Personnellement, je n’ai jamais fait l’expérience ni entendu parler de quoi que ce soit qui puisse susciter un jugement plus favorable.

Il en est autrement des rêves télépathiques. Ici cependant, remarquons avant toute chose que nul n’a encore prétendu que le phénomène télépathique - l’enregistrement d’un processus psychique chez une personne par une autre par une voie différente de celle de la perception sensorielle - était exclusivement lié au rêve. La télépathie, encore une fois, n’est donc pas le problème du rêve ; nul besoin d’étudier les rêves télépathiques pour y puiser un jugement quant à son existence.

Si l’on soumet les récits ayant trait à des phénomènes télépathiques (inexactement : transfert de pensée) à la même critique que celle qui nous avait servi à nous défendre d’autres affirmations occultes, il nous reste cependant un matériel considérable que l’on ne peut négliger si aisément.

De même, dans ce domaine, on réussit bien plus à collecter observations et expériences personnelles qui viennent justifier une attitude bienveillante à l’égard du problème de la télépathie, encore qu’elles ne puissent suffire pour établir une conviction assise sur des certitudes. On se forme provisoirement l’opinion selon laquelle il se pourrait bien que la télépathie existe effectivement et qu’elle constitue le noyau de vérité de beaucoup d’autres assertions qui, sans elle, seraient incroyables.

On fait certainement bien de défendre avec obstination, en matière de télépathie comme ailleurs, toute position de scepticisme et de ne céder qu’avec réticence à la force des preuves. Je crois avoir trouvé un matériel qui échappe à la plupart des réserves par ailleurs admissibles des prophéties non accomplies de diseurs de bonne aventure professionnels. Malheureusement, seules quelques observations de ce type sont à ma disposition ; deux d’entre elles cependant m’ont laissé une forte impression. Il ne m est pas donné d’en faire part de façon assez détaillée pour qu’elles puissent agir aussi sur autrui. Je dois me borner à mettre en évidence quelques points essentiels.

Les personnes concernées s’étaient donc - en un lieu étranger et par un diseur de bonne aventure étranger qui, ce faisant, se livrait à quelque pratique probablement indifférente - entendu prédire pour une date déterminée quelque chose qui ne s’était pas vérifié. Le terme de la réalisation de la prophétie était passé depuis longtemps. Il était frappant de voir que les personnes, loin d’être railleuses ou déçues, répondaient de leur aventure avec une satisfaction non dissimulée.

Dans le contenu de la prédiction qui leur avait été faite se trouvaient des détails très précis qui paraissaient arbitraires et incompréhensibles et qui n’auraient été justement légitimés que par leur vérification. C’est ainsi, par exemple, que le chiromancien dit à une femme âgée de vingt-sept ans - mais d’apparence beaucoup plus jeune - qui avait retiré son alliance, qu’elle finirait par se marier et qu’elle aurait deux enfants à trente-deux ans. Cette femme avait quarante-trois ans lorsque, devenue gravement malade, elle me raconta ce fait dans son analyse ; elle était restée sans enfants.

A condition de connaître son histoire intime, qui était certainement restée ignorée du " Professeur " dans le hall de l’hôtel parisien, on pouvait comprendre les deux chiffres de la prophétie. Après avoir porté à son père un attachement d’une intensité peu commune, la jeune fille s’était mariée et avait alors ardemment désiré avoir des enfants pour pouvoir substituer son mari à son père. Après de longues années de déception, au seuil de la névrose, elle sollicita la prophétie qui lui promettait le destin de sa mère.

Pour cette dernière, il était exact qu’elle avait eu deux enfants, à trente-deux ans. Ainsi, ce n’est qu’avec l’aide de la psychanalyse qu’il fut possible d’interpréter dans toute leur signification les particularités de l’heureuse nouvelle qui émanait d’une source prétendument extérieure. Mais alors, on ne pouvait mieux élucider la totalité des faits précisés sans aucune équivoque que par l’hypothèse qu’un fort désir inconscient de la consultante - en réalité, le désir inconscient le plus fort de sa vie affective et le moteur de sa névrose en éclosion - s’était manifesté par un transfert direct au diseur de bonne aventure absorbé par des manipulations de diversion.

J’ai également eu l’impression, au fil des essais pratiqués dans le cercle de mes intimes, que le transfert de souvenirs à tonalité fortement affective réussit sans difficulté. Si l’on se risque à soumettre à un travail analytique les idées de la personne sur laquelle le transfert doit se porter, des concordances souvent se feront jour qui, sinon, seraient restées méconnues. Fort de plus d’une expérience, je suis enclin à tirer la conclusion que de tels transferts se réalisent particulièrement bien au moment où une représentation émerge de l’inconscient - ou bien, pour m’exprimer en termes théoriques, dès qu’elle passe du " processus primaire "au " processus secondaire ".

Malgré toute la prudence requise par la portée, la nouveauté et l’obscurité du sujet, j’ai considéré qu’il n’était plus du tout justifié de garder pour moi ces propos relatifs au problème de la télépathie. Tout ceci ne concerne le rêve que dans cette mesure s’il y a des messages télépathiques, il est indéniable qu’ils peuvent aussi atteindre le dormeur et être appréhendés par lui dans le rêve. En effet, si l’on procède par analogie avec du matériel perceptif et idéationnel autre, on ne peut non plus écarter l’idée que des messages télépathiques qui ont été enregistrés durant la journée ne soient soumis à élaboration que dans le rêve de la nuit suivante.

Il n’y aurait pas même à redire si le matériel parvenu par télépathie était, dans le rêve, altéré et transformé au même titre qu’un autre. On aimerait bien, à l’aide de la psychanalyse, augmenter ses connaissances en matière de télépathie et les assurer plus solidement.

P.-S.

Freud, S. (1925/1992). Quelques suppléments à l’interprétation des rêves. In Œuvres complètes, XVII (pp. 185-188). Paris : PUF.


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